#155 – L’effet Dunning-Kruger ou l’effet de surconfiance [biais cognitifs ép.7]

Retranscription écrite du podcast :

Bonjour à tous et bienvenue dans Se Sentir Bien, le podcast qui est là pour vous aider à devenir votre propre coach, je suis Esther Taillifet, coach certifiée et dans ce 155ème épisode nous allons parler d’un biais cognitif qui s’appelle l’effet Dunning-Kruger ou le biais de surconfiance.

Vous le savez, tous les 5 épisodes, nous parlons de biais cognitifs, aujourd’hui c’est le 7ème épisode de cette série. Si vous ne savez pas ce qu’est un biais cognitif et que vous voulez en savoir plus sur le sujet, que vous voulez pourquoi on aborder ce sujet sur le podcast, je vous invite à aller (réécouter l’épisode numéro 1 de cette série qui était l’épisode 110 du podcast, vous pouvez le retrouver sur la plateforme de podcast sur laquelle vous êtes en train ‘écoutez cet épisode actuellement, vous pouvez également vous rendre sur sesentirbien.coach/podcast/110, vous retrouverez également la retranscription écrite de chaque épisode, si vous désirez juste avoir l’information, sachez que le format écrit s’y prête particulièrement bien.

Sachez que les biais cognitifs, nous en sommes tous plus ou moins “victimes”, ce n’est pas quelque chose auquel on peut échapper et l’objectif de ces épisodes est de prendre conscience de leur existence et de les reconnaître dans son quotidien, et par extension d’en tenir compte dans nos choix et dans la façon dont on interagit avec les idées et avec le monde, avec les croyances que l’on peut avoir sur nous-même, nous avons beaucoup tendance à se juger soi-même. Le but du jeu n’est pas de s’auto-flageller si on constate que certains d’entre eux sont à l’oeuvre dans notre vie, et qu’il faut arrêter d’y avoir recours, parce que ce serait faire comme si nous n’avions pas de cognition, ce qui n’est pas possible, car la cognition est le propre de l’être humain.

Qu’est ce que l’effet Dunning-Kruger ?

C’est un biais selon lequel on aurait tendance à sous-estimer notre compétence lorsque l’on est compétent et à surestimer notre compétence lorsque l’on est incompétent. C’est un effet qui a était découvert par les deux personnes qui lui ont donné leur nom, ce sont deux psychologues américains, l’étude a été faite dans l’université de l’état de New-York sur des étudiants. Ils ont étudiés des échantillons de 45 à 140 étudiants sur qui ils ont évalués une compétence en particulier : la logique, l’humour… Ils ont demandés à ces personnes d’estimer comment ils avaient réussi le test, ils se sont aperçus que la tendance était que les personnes qui avaient le moins de compétence dans le domaine en question avaient tendance à la surestimer et inversement. Les chercheurs se sont posés la question du “pourquoi” ce mécanisme ? Ce qui est intéressant de voir c’est que lorsque l’on a pas de compétence dans le domaine, on sous-estime aussi notre incompétence, c’est que si nous n’avons pas de compétence dans le domaine, nous n’avons pas la compétence pour reconnaître que nous n’avons pas la compétence dans le domaine.

Vous voyez ce que je veux dire ?

C’est donc très intéressant de se rendre compte de cela, cet effet là va être à l’oeuvre uniquement lorsque nous avons un peu de compétences mais pas suffisamment pour se rendre compte que l’on est incompétent.

Je vous donne un exemple : si vous ne savez pas du tout parler chinois à l’heure actuelle, si vous voyez du chinois écrit, vous vous rendez compte que vous êtes totalement incompétent en chinois, que vous n’êtes pas capable de lire cette langue. Ce biais cognitif, ce biais cognitif, cet effet de sur-confiance, le fait de croire que vous avez plus de compétence que vous en avez initialement ne sera pas à l’oeuvre ici, parce que vous avez déjà la compétence de savoir ce que c’est que de parler ou de comprendre une langue. Quand vous voyez du chinois, comme vous savez ce que cela représente de parler et de comprendre une langue, vous savez que vous ne savez pas, vous avez conscience que vous ne savez pas du tout parler chinois, et même si vous avez commencé à l’apprendre et que vous savez quelques mots de chinois, que vous savez quelques mots à l’écrit, vous serez en mesure de dire que vous ne pouvez pas vous exprimer correctement dans cette langue, vous avez la compétence de savoir ce qu’est de parler et de comprendre une langue. Il y a des domaines dans lesquels le biais cognitif va se manifester, et d’autres non, ce qui est important de voir c’est que cela va dépendre de notre capacité à savoir si oui ou non on est compétent dans le domaine.

J’ai remarqué que c’était un biais cognitif qui était à l’oeuvre dans notre quotidien dès qu’on va avoir un domaine dans lequel nous n’avions pas de compétences du tout, et quand commence à en acquérir un petit peu. Quand nous n’en avions pas du tout, c’est la même chose que dans le cas du chinois, on sait qu’on ne sait rien parce qu’on est complètement incompétent dans le domaine, mais dès qu’on commence à apprendre un peu sur le domaine et qu’on a ce que j’appelle des “mindblown”, des réalisations, des moments où nous avons des déclics dans notre tête, on va avoir un moment où l’on va croire qu’on a tout compris, on va se dire : “c’est génial, tout fait sens”, ce qui fait que l’on croit que l’on maitrise le sujet, quand on va continuer à apprendre sur le domaine, on s’intéresse à ce sujet, on va progressivement se rendre compte que nos prises de conscience initiales étaient en réalité très simplistes, qu’il nous manquait de l’information, il y avait peut-être des informations croisées qu’on avait pas, des choses qu’on avait pas comprises dans toute leur complexité de ce sujet là, et petit à petit on va commencer à se rendre compte de la différence entre ce que l’on croyait connaître et de ce qu’il y a vraiment à savoir. Il existe une courbe libre de droit sur Wikipédia qui illustre ce phénomène, cette courbe nous montre une sorte de cloche au début entre notre perception de notre compétence et notre compétence réelle, au début cette courbe entame une phase qui s’appelle “la montagne de la stupidité”, c’est le moment où l’on croit qu’on est très compétent alors qu’il n’en est rien, ensuite on va descendre dans “la vallée de l’humilité”, on commence à se rendre compte qu’on ne sait pas tant de choses que cela, et on se rends compte de tout ce qu’il y a à savoir sur le sujet, on commence à se rendre compte qu’il y a beaucoup de choses qui sont beaucoup plus complexes que ce que l’on croyait au départ. Progressivement, plus on va continuer à apprendre, plus la courbe remonte (c’est une façon d’illustrer ce biais cognitif), notre perception de ce que l’on sait et de nos compétences va remonter et cela va attendre à un plateau et c’est le moment où nous sommes devenus experts. Il va être intéressant pour nous de savoir que tout ce processus existe, il va entrer en ligne de compte la question du syndrome de l’imposteur.

Je vous vois ceux qui en souffrez et qui écoutez ce podcast et vous vous dites : “je le savais que j’étais nul-le, je suis peut-être en train de croire que je suis super bon dans un domaine alors que ce n’est pas le cas”, le simple fait de vous dire que vous n’êtes peut-être pas compétent signifie que vous n’êtes pas en train d’être sous l’influence de cet effet, cela signifie que vous êtes dans “la vallée de l’humilité”. C’est que vous commencez à comprendre que vous ne savez pas tant de choses que ça et que vous êtes en train de prendre conscience de la différence entre ce que vous savez et ce qu’il y a à savoir, c’est là que peut se développer le syndrome de l’imposteur à mon sens, c’est lié au fait qu’au début vous apprenez sur un sujet et que vous vous trouvez très compétent, vous avez l’impression d’avoir tout compris et c’est une période où l’on peut être très assertif dans notre façon d’expliquer les choses, parce qu’on croit qu’on a bien compris ce qui fait que l’on va avoir tendance à être très affirmatif, la perception de notre entourage va être que cela va donner l’illusion à notre entourage que l’on est compétent dans le domaine. Quand on va continuer à s’informer sur le sujet, on va se rendre compte qu’on est pas si compétent dans le domaine, mais les autres eux, ne le savent pas, il va y avoir un décalage entre ce que nous sommes en train de percevoir de nos compétences et ce que les autres perçoivent de nos compétences, et c’est là que peut se développer le syndrome de l’imposteur, durant cette descente dans “la vallée de l’humilité”. Une fois que nous sommes dans la vallée de l’humilité et que l’on continue d’apprendre sur le sujet, on va commencer à avoir une perception adéquate de notre réelle compétence. On va avoir tendance à sous-estimer nos compétences, même lorsque l’on est expert parce qu’on aura conscience de tout ce que l’on ne sait pas encore. Cela va être important pour nous de savoir que ce processus existe, surtout si vous êtes atteint du syndrome de l’imposteur, cela vous permet de comprendre, que c’est justement parce que vous êtes en train de monter en compétences que vous pouvez développer ce syndrome. Je vous laisserais aller écouter l’épisode dédié à ce sujet sur le site sesentirbien.coach.

En réalité c’est plutôt un signe de compétence élevé que d’avoir ce doute, c’est un signe que vous avez passé cette première phase de prise de conscience dans un sujet et que vous êtes en train de creuser ce sujet en particulier, que vous êtes en train de devenir un expert progressivement, c’est pour cette raison que vous développez ce syndrome.

Un exemple qu’on a tous vécu que j’ai envie de vous donner, dans l’apprentissage des mathématiques à l’école. J’ai cherché des exemples de la vie courante où on allait tous le vivre et je me suis dis que l’école c’est quelque chose par lequel on est tous passés. Je me souviens que lorsque j’ai commencé à apprendre les mathématiques, on m’a appris les nombres entiers, de compter de 1 à 100… Puis un jour, on nous explique que les nombres négatifs existent, on apprend ce qu’est un nombre relatif et nous n’avions pas conscience de ce que c’était jusqu’alors, et je me souviens très bien avoir un “mindblow” à l’école, avoir eu un moment de déclic dans ma tête, puis j’ai ressenti ce même effet plusieurs fois dans ma scolarité au sujet des mathématiques. Par exemple, quand on m’a montré ce qu’était un nombre réel, j’ai compris qu’il y avait des nombres à virgules, puis un jour on me parle des nombres imaginaires (pour rappel j’ai fait une section scientifique au lycée), et à ce moment là avoir un petit moment de blocage : “ça m’a l’air beaucoup plus complexe que ce qu’il n’y paraît, il existe sûrement pleins d’ensembles de nombres que je ne connais pas”, je me suis retrouvée à 17 ans où j’ai commencé à douter de ma capacité à compter. On voit vraiment le moment où quand je suis petite et que j’apprends les nombres entiers, et mon enthousiasme à ce sujet, et sans aucune espèce de conscience que je ne sais pas ce qu’est un nombre rationnel, je ne sais pas ce qu’est un nombre réel ou imaginaire. C’est ce moment où je crois que j’ai tout compris et à 17 ans je commence à me dire que peut-être que je ne sais pas compter au final. Au début j’étais dans “la montagne de la stupidité” quand j’avais 10 ans et vers 17 ans je me retrouve dans “la vallée de l’humilité”, je pense que c’est quelque chose que vous avez aussi vécu à l’école, des moments où vous pensez avoir tout compris alors que ce n’était pas réellement le cas.

Je me souviens avoir eu ce genre de déclics en physique, en histoire également, des moments où je pensais avoir tout compris sur la géo-politique et à la façon j’ai eu de nouveaux éclairages à la façon notamment, je me suis dit que je n’avais rien compris au final. C’est hyper intéressant de le voir dans sa propre vie.

Pour commencer je vous invite à vous demander à quel moment vous avez vécu ce biais cognitif, et quel impact cela a pu avoir sur votre compréhension globale des choses.

Ensuite, l’intérêt de cet épisode c’est de se poser face aux deux cas de figures suivants :

avoir conscience qu’on peut développer ce biais cognitif, quand on a un “mindblow” sur un domaine, si par exemple vous êtes en train de vous informer sur le développement personnel et que vous apprenez pleins de choses sur le cerveau, quand on croit avoir tout compris, il se peut qu’il nous manque une grosse partie des choses. Cela ne signifie pas pour autant ne pas être enthousiaste vis-à-vis de ce que l’on vient de découvrir, de ne pas être content d’avoir compris certaines choses, cela signifie qu’il est bien de se rendre compte qu’il y a pleins de choses que l’on ne sait pas encore et que c’est génial, et d’aller creuser.

avoir conscience que si ce biais cognitif en particulier est à l’oeuvre chez vous, les autres humains aussi. Ce qui va vous aider dans vos interactions avec les autres, de vous dire que : “quelqu’un qui est très assertif, ou qui a l’air expert alors qu’il n’a pas trop de recul, je peux me poser la question si il subit ce biais cognitif, qu’il est dans un cas de surconfiance, ce qui ne signifie pas pour autant que c’est une mauvaise personne, cela veut juste dire que c’est un être humain normal, avec une cognition qui fonctionne très bien et que c’est un biais dont il est victime”, et d’avoir conscience de cela lorsque l’on échange avec des gens, d’avoir conscience qu’un expert va parfois minimiser la valeur de ce qu’il dit alors qu’en réalité il sait exactement de quoi il parle.

C’est intéressant d’en prendre conscience notamment dans le cadre de débats (politique notamment…), ce biais cognitif en particulier est très souvent à l’oeuvre dans les médias notamment. Récemment, lorsqu’il y a eu des citoyens tirés au sort pour réfléchir à des propositions sur le climat, les personnes qui ont été tirées au sort, beaucoup d’entre elles ont relatés avoir été victimes de ce biais cognitif, et pourtant ces personnes avaient quelques connaissances sur le sujet du climat, sinon elles n’auraient pas pu avoir ce biais en question. Cela va être intéressant pour nous, lorsque l’on va écouter des personnes parler.

Souvent, lorsque l’on va avoir ce biais de sur-confiance, on va avoir tendance à dévaloriser le savoir des experts et à ne pas faire confiance aux médecins, aux chercheurs etc… c’est bien de ne pas se fier aux paroles de quelqu’un juste en s’attardant à son titre (médecin/chercheur…) mais par contre lorsque l’on est atteint par ce biais cela va être à l’extrême, cela va être intéressant d’avoir ces pensées là, et de se demander si nous ne serions pas en train de vivre ce biais cognitif.

Voilà pour ce que je voulais vous dire sur ce biais cognitif, je vous invite à aller faire des recherches sur le sujet.

Il y a une limite à ce biais dans le sens où les études qui ont été faites sur le sujet, ça a été fait sur des personnes occidentales, avec une culture commune, et il peut y avoir des biais culturels à l’oeuvre qui peuvent potentiellement changer les choses, cela n’a pas été totalement explorer. Dans l’étude originale, c’est un panel de 140 personnes, pas de quoi faire d’énormes statistiques, c’est un biais cognitif connu mais qui a encore besoin d’être étudié, vous pouvez aller voir la page Wikipédia de ce biais cognitif si vous désirez en savoir plus.

Je m’arrête là pour cet épisode, n’hésitez pas à commenter si vous avez envie de réagir, je vous embrasse, je vous souhaite un excellent week-end et je vous dis à vendredi prochain !

Ressources :

L’article de Dunning-Kruger publié en 1999.
Critique de cet article.
Episode 1 de la série pour en savoir plus sur ce que sont les biais cognitifs.
L’article wikipedia de l’effet Dunning-Kruger.

3 commentaires

  1. Aziliz

    Bonjour Esther,
    Après une année de break professionnel, je me remets à chercher du travail et après avoir écouté ton podcast du jour je me rends compte que je suis en plein “syndrome de l’imposteur”… Dans ton enregistrement tu parles d’une précédente bande son que tu as fait à ce sujet mais je ne la trouve pas, pourrais-tu me dire quel est le numéro cet enregistrement?
    Merci à toi pour toutes ces informations que tu partages avec nous, de mon côté cela m’aide beaucoup à retrouver la légèreté de la vie et à savoir profiter du moment présent sans “bullshit”!

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