#164 – Émotion: vivre, résister, fuir ou céder

Retranscription écrite du podcast :

Bonjour à tous et bienvenue dans Se Sentir Bien, le podcast qui est là pour vous aider à devenir votre propre coach, je suis Esther Taillifet, coach certifiée et dans ce 164ème épisode nous allons parler d’émotions et de tout ce qu’il peut se passer lorsqu’il y en a une qui peut se présenter à vous. Ces différentes étapes sont : vivre l’émotion, accepter l’émotion, repousser/fuir l’émotion, résister à elle, ou y céder et plonger en elle.

Ce sont des sujets dont je vous ai parlé au sein de différents épisodes du podcast, je n’ai jamais pris le temps de vous faire un épisode dédié à ce sujet là en partiuclier. J’ai souvent des personnes en sessions de coaching, en commentaires sur les réseaux sociaux, ou dans des discussions, qui me disent :

Je ne sais pas comment tu fais pour vivre tes émotions, moi j’essaie mais je trouve ça tellement dur, mes émotions sont tellement fortes, je suis hypersensible et c’est trop difficile pour moi d’y faire face, je n’arrive pas à le faire ou quand je le fais ça fait trop mal.

Ce sont des incompréhension qui peuvent apparaitre autour du principe de « vivre l’émotion », comme si c’était synonyme de souffrance systématique lorsqu’il s’agit d’émotions désagréables et qu’il fallait forcément passer par là et ce que l’on enseigne lorsqu’il est question de vivre l’émotion c’est de se faire du mal, d’aller s’autoflageller. Beaucoup de personnes me disent vivre l’émotion alors qu’il réalité elles la fuit, elle y résiste etc…

J’avais envie de vous expliquer toutes ces nuances et de quoi il s’agit lorsque je vous parle de « vivre l’émotion », qu’est-ce que j’entends concrètement par là ? Je vous en ai parlé dans différents épisodes, notamment dans le numéro 7 sur l’origine des émotions, dans l’épisode 31 avec la notion de tampon émotionnel, dans l’épisode 140 sur la fuite en avant également. Nous avons aussi abordé le sujet en tache de fond lorsqu’il était question de relation à la nourriture et notamment de résistance à l’émotion.

J’ai envie, le temps de l’épisode de prendre mon temps de revenir sur l’ensemble de ces notions et de vous expliquer ce que j’entends pas là exactement.

Je sais que pour la plupart d’entre nous, c’est un apprentissage que l’on a jamais fait enfant, ce qui peut rendre le processus complexe. Depuis petit, on a pu entendre que montrer ses émotions était une marque d’infériorité, de lâcheté, de faiblesse et qu’il ne fallait pas les vivre, qu’il ne fallait pas avoir d’émotions, ce qui fait que l’on a appris à réprimer ses émotions depuis très jeune.

Qu’est-ce que cela signifie de fuir une émotion ?

Il y a une métaphore que j’aime bien utiliser qui décrit le comportement que l’on peut avoir autour d’une émotion. Je vous donne souvent l’exemple de la boutique de luxe, imaginez que depuis le chemin que vous empruntez pour rentrer du travail, vous passez devant une boutique et que dans cette boutique il y a en vitrine un sac un main qui vous plaise, il est très cher, aux alentours de 2000 euros, un sac à main de luxe donc. Au moment où vous le voyez, il vous fait envie parce qu’il vous plait, l’émotion que vous ressentez c’est de l’envie. Plusieurs solutions s’offrent à vous face à cette envie, soit vous acceptez cette envie, et vous n’y cédez pas, pour la simple et bonne raison que vous n’avez pas les 2000 euros à investir dans un sac à main de luxe, ce n’est pas de cette manière que vous voulez investir votre argent et ce n’est pas un sujet pour vous, vous constatez que vous le trouvez beau, tout en gardant à l’esprit que vous ne passerez pas à l’acte, vous passez tout bonnement votre chemin et à chaque fois que vous repassez dans cette vitrine vous vous dites : « qu’est-ce qu’il est joli ce sac » et ça s’arrête là, cela crée de l’envie à chaque fois mais vous n’en faites pas grand chose de cette envie, à part de la vivre sur le moment. Cette envie est juste là pour vous dire que ce sac est à votre goût, il vous plait pour tout un tas de raisons et cela s’arrête là.

Deuxième possibilité : vous faites face à ce sac et vous n’avez pas envie de vivre cette envie parce que vous la trouvez désagréable, vous n’aimez pas vivre l’envie. Cela va dépendre des personnes, mais je vous ai déjà raconté que j’adorais avoir cette émotion d’envie, j’adore aller regarder les sites d’immobilier les maisons et villas magnifiques que je pourrais jamais m’acheter, que je n’aurais même pas l’intention de m’acheter si j’avais autant d’argent, je ne suis pas certaine que j’investirais autant d’argent dans une maison. J’aime beaucoup ressentir l’envie, je trouve que c’est une émotion très agréable. Beaucoup de mes clientes n’aiment pas avoir envie de chocolat et surtout de ne pas répondre à cette envie. Alors que lorsqu’il s’agit d’un bien immobilier, cela convient à la majorité des personnes de ne pas répondre à cette envie. Admettons que vous êtes face à ce sac à main et que vous n’aimez pas l’envie qui se présente, vous ne supportez pas l’idée d’avoir envie de ce sac à main alors ce que vous vous dites c’est : « de toute façon c’est inadmissible de demander 2000 euros pour un sac à main, dans ces cas là on paie juste la marque, ce n’est même pas du cuir, il n’a même pas été fait en France, c’est abusif, ces entreprises sont anti-féministes, c’est anti-écolo »… Bref. Vous êtes en résistance et vous n’acceptez pas le fait que ce sac vous fait envie et vous résistez à l’émotion. Quand vous en parlez, vous vous dites que c’est horrible d’avoir envie de ce sac parce que vous avez résisté à l’envie.

Une autre analogie que je vous ai déjà donné pour vous illustrer ce qu’est la résistance à l’émotion, c’est ce moment où vous êtes tout en haut de ce plongeoir, et que vous hésitez à sauter, vous êtes en train de résister et non en train d’accepter qu’il va falloir sauter, et au moment où vous acceptez de sauter, le saut n’est certes pas très agréable, ça vous a peut-être fait peur, ça vous a peut être fait mal à l’arrivée, mais le plus horrible dans l’expérience du plongeoir ce n’était pas le saut en lui-même, c’était les 15 minutes passées à attendre de plonger et c’est ce moment où vous résistez à la situation. Dans le cas du sac à main c’est la même chose.

Il en va de même avec l’alimentation, lorsque vous résistez à l’envie, vous avez envie de ce morceau de chocolat, vous négociez en vous disant : « mais non, ce n’est pas bien… ». Le plus difficile dans cette situation ce n’est pas tant d’en avoir envie, en soit, l’envie passerait si vous y faisiez face, le plus difficile c’est d’être en résistance.

Le troisième cas de figure qu’il peut arriver avec une émotion c’est le fait de la fuir. Fuir l’émotion, si je reprends l’analogie du sac à main reviendrait à repasser devant la boutique, regarder ce sac à main, et vous vous dites : « c’est insupportable qu’il existe des sacs à mains à ce prix là, moi je n’ai pas envie de ressentir cette émotion tous les jours, je vais donc arrêter de passer devant cette vitrine tant qu’ils n’ont pas changer les articles, pendant tout l’automne/hiver. Je vais donc emprunter un autre itinéraire et je vais prendre la rue adjacente et ce sera très bien comme ça ». Dans cet exemple là, vous n’acceptez pas l’émotion, et vous n’y résistez pas d’une façon active, vous fuyez cette émotion en prenant un autre chemin. C’est un subterfuge auquel on peut recourir avec l’alimentation également, quand vous n’achetez pas de biscuits et que vous vous dites que cela va vous simplifier la vie, que vous n’accepterez aucune invitation au restaurant et que vous n’aurez plus de friandises dans vos placards, cela rend en apparence votre tâche plus simple : vous n’avez plus besoin de résister à votre envie.

Autrement dit : vous changez la circonstance afin de contourner l’émotion vécue comme étant désagréable.

Je vous ai aussi parlé d’une autre technique utilisée pour fuir une émotion qui est la fuite en avant, c’est aussi quelque chose que l’on peut faire lorsque l’on fait face à une émotion désagréable, on va vouloir changer les circonstances le plus rapidement possible, pour fuir en avant, aller à l’étape suivante et ne plus ressentir l’émotion désagréable. Mon exemple illustre le fait de fuir l’envie mais il pourrait out aussi bien s’agir de la peur, de la tristesse…

Il peut se produire un autre scénario avec une émotion, cela ne fonctionnerait pas avec l’analogie du sac à main en vitrine (toutes les analogies possèdent leurs limites), il s’agit de plonger dans l’émotion/ d’y céder. C’est à dire qu’on va « boucler » sur l’émotion, on va ressentir de la tristesse, de l’envie, de la colère, de la frustration… je prends volontairement des exemples d’émotions désagréables, par « boucler » j’entends ruminer, on va avoir identifié la pensée qui crée cette émotion mais nous allons rester dedans sans cesse. C’est assez proche du fait de vivre l’émotion. Souvent vous arrivez vers moi en me disant par exemple : « mais ça fait très mal de vivre la tristesse, ça fait des jours et des mois que je la vis, c’est horrible ». Et très souvent, vous n’êtes pas en train de vivre l’émotion, vous êtes en train de ruminer et de rester dans cette émotion.

L’émotion est un signal, c’est un moyen pour votre cerveau de vous faire savoir qu’il y a un besoin qui n’est pas rempli. Ce besoin est un besoin à remplir afin d’avoir une vie qui est alignée à vos valeurs, mais cela peut être n’importe quel autre besoin sur la pyramide de Maslow, pas forcément dans le haut de la pyramide, qui correspond à avoir une vie alignée et en accord avec vos valeurs, mais parfois cela peut correspondre à la satisfaction d’un autre besoin : la sécurité émotionnelle, besoin d’amour, besoin d’appartenance, de reconnaissance sociale etc… Cette émotion est juste là pour vous informer que quelque chose n’est pas rempli, si on en reste là et que le besoin n’est pas rempli, l’émotion va revenir.

Si je prends l’exemple de la rupture amoureuse, la différence entre le fait de vivre l’émotion et le fait d’y plonger, si je m’aperçois que cette rupture me rend triste parce que j’avais besoin de sécurité émotionnelle, le besoin d’être aimé-e, peut être que le besoin non-rempli est le sentiment d’appartenance, peut être que c’est la reconnaissance sociale parce que l’on apprécie pas le statut de célibataire par exemple, on va avoir peur du regard des autres, de ce que va dire notre famille… Cela va être important pour vous d’aller voir quel est le besoin qui n’est pas rempli, peut-être que c’est un besoin d’alignement qui vous fait défaut, vous considérez peut être que cette personne ne vous a pas respecté dans la relation et qu’elle n’a pas agit dans une direction qui est alignée avec vos valeurs, c’est pour cela que vous êtes triste, que vous avez honte, c’est pour cela que vous avez peur, que vous êtes frustré-e…

La différence entre le fait de vivre l’émotion et de plonger dedans. Vivre l’émotion cela signifie prendre le temps de ressentir, de savoir où est l’émotion dans notre corps, comment elle se manifeste, qu’est-ce qu’elle nous dit, et d’avoir identifié toutes les pensées qui amenaient cette émotion/ cette famille d’émotion, les croyances… et de ne pas s’être arrêté là mais également d’avoir identifié quel était le besoin non rempli. Dans l’exemple de la rupture amoureuse, qu’est-ce que j’apprends sur moi ? Qu’est-ce que j’apprends sur mes besoins en terme de relation ? Qu’est-ce que j’apprends sur ce que je veux dans ma vie ? Et d’agir sur ce besoin. Si votre besoin c’est d’être écouté-e, de connecter et aimé-e, de répondre à ce besoin. D’aller voir des amis, de prendre le temps d’aller voir un psychologue, de faire des flots de pensées, de pleurer, de vivre ça dans votre corps, ce sera à vous d’aller chercher ce besoin non rempli et de le remplir par vous-même. Si vous ne le faites pas, le risque est de plonger dans cette émotion et se maintenir dedans, c’est souvent là où vous en êtes quand vous venez me voir et que vous me dites :

Esther c’est horrible de vivre une émotion, c’est trop intense pour moi.

C’est que soit : vous y avez résisté et que vous vivez davantage la résistance que l’émotion en elle-même comme dans l’exemple de plongeoir cité plus haut. Soit vous êtes en train de la vivre de manière perpétuelle parce que vous êtes en train de ruminer, vous êtes en train de revivre les mêmes émotions, en train de repenser les mêmes choses encore et encore, c’est souvent ce qu’il nous arrive dans une rupture amoureuse, on va vivre l’émotion pendant plusieurs semaines et plusieurs mois. C’est un peu comme les émotions étaient la preuve que la relation avait vraiment existé. On a un peu de mal à passer à autre chose et se dire : « ok je vais volontairement m’empêcher de ressentir cette émotion là et passer à l’étape suivante de ma vie et donc accepter qu’il s’est passé ce qu’il s’est passé, accepter la circonstance, accepter comment je me sens, et juste aller à l’étape suivante ». Souvent il est bien plus confortable, souvent c’est plus confortable que de rester dans l’émotion de façon perpétuelle, cela nous place en position de victime, cela ne nécessite pas de mettre des actions en place parce qu’aller répondre à son besoin nécessite de mettre en place une action, cela demande de chercher des solutions à notre problème et souvent on a pas envie parce qu’il est beaucoup plus confortable de ruminer et de plonger dans l’émotion.

Quand on résiste à l’émotion, l’une des façon qu’on va avoir de faire c’est d’avoir recours au tampon émotionnel, c’est à dire qu’on ne va pas vouloir vivre l’émotion, on va aller vers la relation pansement quand on est dans une rupture amoureuse, on va aller vers le chocolat ou le pot de glace (le fameux syndrome de Bridget Jones), mais on fait tout sauf vivre l’émotion.

Il va être important pour vous de distinguer ces différentes choses.

La seule façon que vous avez de savoir si vous vivez l’émotion, quand vous pleurez de tristesse par exemple, et bien cela vous fait du bien. Lorsque l’on vit une émotion jusqu’au bout, on a de la clarté, on se sent mieux et on est capable d’aller vers la suite, de répondre à la situation. Quand on plonge dans l’émotion, on ne se sent pas mieux, on se sent moins bien, idem lorsqu’on y résiste. Quand on fuit l’émotion on ne se sent pas mieux non plus, on se sent mieux sur du court terme mais pas sur du long terme. La seule façon que l’on a de passer à autre chose et de faire quelque chose de bien de nos émotions désagréables c’est d’accepter de les vivre et très souvent on a très peur de cela. Je peux vous promettre que si vous prenez le temps de le faire, vous allez voir que vivre une émotion c’est l’histoire de quelques minutes, le temps d’identifier les pensées qui amènent cette émotion. Parfois vous aurez besoin de temps pour vivre votre émotion désagréable et c’est OK, vous aurez besoin de temps pour vivre votre injustice par exemple, cette colère, cette tristesse etc… je pense notamment au cas d’un deuil, au cas où vous avez subi un agression ou une oppression, vous aurez envie de vivre cette émotion pour vous en imprégner et d’aller jusqu’au bout du processus et dans ce cas prenez le temps de le faire, il y aura juste besoin de temps avant de passer à l’étape suivante. le problème est que s’il on ne se donne pas l’opportunité de vivre l’émotion, nous sommes juste dans la fuite, dans la résistance, et on ne parvient pas à tirer de conclusion de ce qu’il se passe, à prendre le message que vient nous apporter cette émotion et à répondre au vrai problème qu’il y a derrière cela.

Une émotion est toujours signe d’un besoin non rempli (dans le cas d’une émotion désagréable) ou du fait de se sentir alignée avec nos valeurs dans le cas d’une émotion agréable. Le but va être d’être attentif à cela et je vous assure qu’on reçoit très vite les signaux et on apprend à les reconnaitre, et une émotion n’est pas si désagréable que ça. Même une émotion désagréable n’est autre que quelque chose qui nous traverse le corps, une sorte de vibration, personnellement je ressens souvent mes émotions au niveau du plexus solaire, au niveau de la gorge et de la tête, c’est finalement quelque chose de très concret, ce n’est pas si effrayant qu’il n’y parait, même lorsque l’on est hypersensible comme moi.

Je m’arrête là pour aujourd’hui, je vous embrasse, je vous souhaite un excellent vendredi, une excellente fin de semaine et je vous dis à vendredi prochain !

3 commentaires

  1. Aurore

    Déjà merci pr ce podcast et la commu qui m’aident à avancer.
    Ma question : est ce que la gourmandise est liée à une émotion?
    Je m’explique : j’aime me faire plaisir (sans avoir forcément faim) avec une pâtisserie maison/chocolat/bonbon, et me l’interdire me fait ressentir de la rage, de l’injustice, de la frustration, de l’envie.
    J’ai envie de me faire plaisir mais parce que je ne veux pas grossir, soit je fuis la tentation et je suis frustrée, soit j’y plonge et je culpabilise.
    Je ne veux pas d’une vie sans ces aliments. Alors comment trouver l’équilibre?

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