#92 – L’injonction au bonheur


Retranscription écrite du podcast :

Bonjour à tous et bienvenue dans Se Sentir Bien, le podcast qui est là pour vous aider à devenir votre propre coach, je suis Esther Taillifet et dans ce 92ème épisode nous allons parler d‘injonction au bonheur.

Nous allons surtout parler de l’ensemble des conséquences que cela a sur notre vie entre autre le fait de tamponner constamment nos émotions désagréables.

Qu’est-ce qu’une injonction ?

Vous le savez peut-être mais c’est un mot qui n’est pas utilisé tant que cela dans le langage courant, on l’entend beaucoup dans le milieu militant, si on ne fait pas parti du milieu militant c’est potentiellement un mot que l’on a jamais entendu, c’est quelque chose qui est issu de la pression sociale, c’est quelque chose qui n’est pas vraiment concret, ce n’est pas une demande, personne nous a dit noir sur blanc qu’il faut être heureux et que si ce n’est pas le cas on ne va pas t’aimer, mais il y a tout de même une sorte de pression sociale autour du bonheur. Il est vrai que socialement, être heureux c’est quelque chose de “bien vu” socialement, il ne faut pas pleurer, il ne faut pas être triste, ça ne se fait pas de se plaindre, ça ne se fait pas d’appeler sa mère en larmes, on se sent obligé de s’excuser d’être triste, il y a une sorte d’injonction, de pression sociale au bonheur dans notre société, comme si être malheureux ça n’était pas permis, comme si être malheureux ça n’était pas normal.

C’est ça le problème.

On nous a pressurisé dans une direction qui fait que l’on en vient à croire qu’être malheureux est anormal, ou ressentir des émotions désagréables ce n’est pas normal. Il n’y a qu’à voir un enfant par exemple, qui aurait un petit chagrin, s’il se mets à pleurer, un adulte va se tourner vers lui pour lui dire : “bah alors, que se passe-il ? Quel est le problème ?”, par contre lorsque tu rigoles à chaudes larmes, tu pleures de joie, personne ne va venir te voir (que tu sois un enfant ou non d’ailleurs) et te dire : “alors pourquoi tu rigoles ? Qu’est-ce qu’il se passe”. Dès l’enfance, on apprend qu’être triste c’est un problème, être malheureux est un problème, ressentir de la frustration est un problème, ressentir de la colère c’est un problème, la colère est très mal vu, être colérique n’est pas quelque chose de bien vu, il ne faut surtout pas être énervé-e, il ne faut surtout pas crier ou élever la voix, c’est vu comme un manque de maitrise, un manque de maturité, un manque de retenue, idem pour la tristesse. Si l’on pleure en public dans un milieu social traditionnel, si vous êtes au travail, si vous êtes dans un diner de famille et que vous vous mettez à pleurer, ce sera très mal vu et ce sera vu comme une faiblesse, et comme un réel problème, comme si ça n’était pas quelque chose de normal.

Sauf que la réalité est que les larmes, la tristesse, n’importe quelle émotion désagréable fait partie de l’expérience humaine, c’est quelque chose d’extrêmement normal, ça nous dit juste que notre cerveau fonctionne parfaitement bien, que notre corps fonctionne parfaitement bien. Tous les êtres humains ressentent des émotions agréables et des émotions désagréables, si ce n’est pas le cas, c’est que nous avons une pathologie parce que c’est comme ça que le corps humain fonctionne, en ressentant des émotions agréables et désagréables.

Le rôle des émotions est de nous dire que quelque chose se passe, une émotion désagréable, je vous l’ai dit plusieurs fois dans le podcast et je vous le dis encore ici aujourd’hui, c’est juste notre cerveau qui est en train de nous dire qu’il y a un besoin qui n’est pas comblé.

Pourquoi sommes-nous frustrés ? Eh bien parce qu’il y a surement quelque chose qui ne se passe pas comme on voudrait, il y a quelque chose qui ne se passe pas comme on s’y attendait, il y a quelque chose qui n’est pas en accord avec nos valeurs, de la même manière qu’une plaie et qu’une douleur physique nous signifie qu’il y a un problème dans notre corps. L’émotion désagréable est juste là pour nous informer de quelque chose, c’est juste un message, c’est juste notre corps qui fonctionne bien et qui nous dit : “il se passe des choses dans notre environnement qui ne nous conviennent pas et à l’inverse qu’il y a aussi certaines choses qui nous conviennent parfaitement”, c’est notre corps qui nous dit : “waouh tu ressens beaucoup d’émotions géniales, beaucoup d’amour, de gratitude, de joie parce qu’il se passe quelque chose qui comble tes valeurs et tes besoins”. L’émotion est juste un signal et ce signal est normal. Le signal est assez bien équilibré.

Les émotions sont assez bien équilibrées, c’est à dire que si notre jauge à émotions et que notre cerveau fonctionne très bien, le signal est réglé de telle sorte que l’on n’a pas un surplus d’émotions agréables/désagréables, nous avons quelque chose de tout à fait équilibré qui représente 50% de notre expérience humaine (50% est positive et 50% est négative). Si tout est bien calibré et si tout fonctionne bien. Si nous sommes constamment dans le bonheur, si nous sommes constamment en train e ressentir de façon positives, eh bien cela peut poser un problème, il y a peut être quelque chose qui ne fonctionne pas bien ou plutôt quelque chose qui est anesthésié, si nous avons des plaies que l’on ne sent pas, on a peut-être une maladie qui fait que l’on ne ressent pas la douleur (maladie très pénible pour ceux qui la vive), cela ne nous permet pas de recevoir le signal lorsque quelque chose ne va pas dans notre corps, vous comprenez bien que cela peut être assez problématique si l’on se case un os par exemple. Si on est à l’inverse, constamment dans l’inhibition des émotions désagréables et dans le tampon émotionnel. Et si nous sommes constamment dans le spectre inverse, celui des émotions désagréables, c’est qu’il y a peut-être quelque chose qui ne fonctionne pas bien dans notre cerveau et là ça peut être lié à une pathologie qui est la dépression qui est liée à une des récepteurs de l’hormone du bonheur (la sérotonine) qui ne fonctionne pas forcément parfaitement comme elle devrait fonctionner.

Si notre cerveau fonctionne bien, que nous sommes en bonne santé, que nous sommes un être humain tout à fait équilibré, nous sommes censés ressentir la moitié d’émotions agréables et l’autre moitié d’émotions désagréables.

L’injonction au bonheur dans notre société

Là où il y a un problème c’est que dans la société dans laquelle on évolue et cette injonction au bonheur qui nous dit que si on ressent des émotions désagréables c’est qu’on a un problème, c’est qu’on n’est pas normal, c’est un peu en opposition avec la réalité. Si on ressent des émotions désagréables c’est que tout va bien et que tout est normal. Comme on pense que tout n’est pas normal et que ce n’est pas normal de ressentir des émotions désagréables, eh bien on va avoir tendance à fuir ces émotions, à nous-même y prêter attention et les reconnaitre, parce que l’on pense qu’il y a quelque chose n’anormal avec nous, nous en avons honte, nous n’allons pas demander de l’aide, nous n’allons pas aller voir un psychologue lorsque l’on en a besoin, nous n’allons pas demander d’aide à un coach lorsque l’on en a besoin. Nous n’allons pas ventiler nos émotions auprès d’un ami lorsque l’on en a besoin parce que l’on pense que ce n’est pas normal que l’on se sente comme ça, et surtout on va fuir et s’isoler. Une des façons de fuir ses émotions va être d’utiliser des tampons émotionnels pour inhiber la douleur ressentie par l’émotion, cela peut se manifester par : les achats compulsifs, la consommation d’alcool, la consommation de sucre/de gras, la pornographie, la cigarette, les réseaux sociaux…

Il existe un beau panel de choses à notre disposition qui sont là pour nous aider à fuir nos émotions désagréables et à tamponner. C’est assez drôle parce que lorsque l’on pense à ces choses là, vous êtes nombreux à me faire cette réflexion : “si j’arrête de manger du chocolat, si j’arrête de regarder des séries sur Netflix… Moi tu m’enlèves tout mes petits bonheurs simples de la vie”. Est-ce que vous voyez le problème dans cette phrase ?

“Les petits bonheurs simples de la vie”

C’est à dire que l’on a réussi à s’auto-convaincre les uns les autres que le bonheur c’était le chocolat, que le bonheur c’était les séries Netflix, que le bonheur c’était YouTube, que le bonheur c’était l’achat de choses inutiles pour lesquelles on n’a pas les moyens sur Internet, la cigarette, l’alcool également. Ce ne sont pas les bonheurs de la vie ces choses là, c’est plutôt un anesthésiant de la vie. Qu’est-ce qu’on fait lorsque l’on regarde une série Netflix, à part se couper de son propre cerveau ? Qu’est-ce que l’on fait lorsque l’on mange 3 paquets de biscuits à la suite, de façon complètement machinale, à part se couper de son propre cerveau. Idem lorsque l’on passe toute une soirée sur Asos à mettre des choses dans son panier, à part se couper de son propre cerveau ?

C’est tout sauf le bonheur, ce sont juste des anesthésiants d’émotions désagréables, et le problème c’est qu’en plus, cela n’apporte même pas le bonheur escompté, je serais d’accord avec l’idée que cela nous apporte du bonheur, sauf que ce n’est pas le cas. Que se passe t-il lorsque vous avez une plaie et que vous ignorez cette plaie et que vous prenez un antidouleur à la place pour ne pas avoir à vous occuper de cette plaie ? La plaie s’infecte et fait encore plus mal le lendemain, et le lendemain il faudra une dose plus forte d’anesthésiant, encore plus d’aspirine et plus souvent parce qu’on fait face à quelque chose qui est en train de s’infecter. Si on ignore nos émotions désagréables et le message qu’elles sont en train de nous donner, nous allons donc utiliser de plus en plus de tampons émotionnels et un jour une cigarette ne suffira plus, il nous faudra un paquet, une barre de chocolat ne nous suffira plus, il nous faudra une tablette entière, voire deux ou trois, et une série Netflix ne suffira plus, il faudra regarder toute une saison, et une saison de suffira pas et il faudra le faire en mangeant des pâtes suivies d’une tablette de chocolat, le tout en fumant des cigarettes.

Est-ce que cela ressemble au bonheur d’après vous ?

Le bonheur, qu’est-ce que c’est ?

Chacun en a sa définition mais la mienne c’est le fait d’avoir une vie en accord avec ses propres valeurs et avoir une vie qui permet de nous développer et de nous accomplir. Pour moi le bonheur n’est pas une finalité en soi, ce n’est pas une émotion agréable non plus, c’est plutôt tout le chemin, vers la croissance, pour évoluer et devenir de plus en plus soi et avoir une vie en accord avec ses valeurs.

Lorsque l’on mange toute la soirée, que l’on regarde des séries Netflix les unes après les autres, on est tout sauf en train d’évoluer et en train de se permettre d’être en accord avec ses valeurs, à ce moment là nous sommes juste en train de nous anesthésier de sa propre réalité. Peut-être que la pâtisserie est une passion pour vous, peut-être que les bons cigares c’est une passion pour vous, peut-être que les bons vins sont une passion pour vous, peut-être que la mode et les achats sur Asos sont une passion pour vous, peut-être que le cinéma est une passion pour vous mais notez qu’il y a une différence entre regarder un film par passion, manger une pâtisserie par pur plaisir et trouver une super tenue pour faire une séance photos pour son compte Instagram de mode, c’est une chose complètement différente que de débrancher son cerveau en utilisant tout cela en prétexte au bonheur. Ce qui est une nuance hyper importante.

Qu’est ce que j’entends par tout cela et qu’est-ce que j’essaie de vous dire par là ?

Ce que je veux vous dire c’est que vous puissiez voir qu’en réalité, ressentir des émotions désagréables fait partie de l’expérience humaine et c’est normal. Si l’on accepte pas ça en tant qu’être humain, ce qu’il va se passer c’est que l’on va juste empirer ces mêmes émotions, plus on va les fuir, plus nous allons les tamponner, plus ces émotions vont être de plus en plus fortes parce que la plaie s’infecte et que la douleur et de plus en plus forte, plus on va se fuir et moins on va écouter ses émotions, plus on va être à milles lieues de qui nous sommes vraiment et de ce qu’il se passe dans notre cerveau, dans nos émotions et au global sur comment l’on se sent, plus ces émotions vont être fortes et fréquentes. Plus notre expérience de la vie au global va être désagréable alors que ce n’est pas nécessaire. En revanche, si on accepte que l’expérience humaine soit constituée de la moitié d’émotions agréables et la moitié d’émotions désagréables, nous allons pouvoir juste accueillir nos émotions désagréables comme quelque chose qui est tout à fait normal et naturel. Nous allons pouvoir ne plus s’excuser d’être triste, on va pouvoir accepter de pleurer un bon coup et surtout on va pouvoir avoir des émotions désagréables qui sont moins fortes. Si actuellement, nous sommes en train de tamponner (et c’est ce que l’on a appris à faire toute notre vie), il est possible que l’on ait des fractures, des plaies ouvertes qui ne sont pas soignées, il est certain que lorsque l’on va cesser de prendre des antidouleurs et que l’on va prendre conscience de l’existence de ces plaies ouvertes et fractures, ça va faire mal le temps de les soigner. Cela va être en effet plus douloureux un temps. Si vous tamponniez le fait d’être très triste de ne pas avoir parlé à votre père depuis 10 ans ou que vous tamponniez le fait que vous n’ayez pas fait le deuil de votre dernière relation amoureuse, ou que que cela fait 5 ans que vous vous ennuyez dans votre travail… Il est certain que si du jour au lendemain vous vous arrêtez de tamponner pour voir ce qu’il se passe, pour être juste en présence, et se demander : “Que se passe t-il lorsque je ne suis pas en train de fuir mon émotion ?”, il est certain que vous allez percevoir la réalité de votre situation et de ce que vous en pensez vraiment. Les émotions vont être là et vont être très vives et fortes, sauf que si vous apprenez à les accueillir, que vous apprenez à accepter leur existence et leur présence, et d’accepter le message qu’elles sont en train de vous fournir et pourquoi cette émotion désagréable est là et le fait qu’elle soit en train de vous signaler que tel ou tel besoin n’est pas comblé, que vous allez vous donnez les moyens de répondre à ce besoin, eh bien cette part d’émotions désagréable va être moins forte avec le temps, et vous aurez toujours 50% de votre expérience humaine qui sera désagréable mais ce 50% ne sera pas aussi fort que ce que vous avez maintenant qui est l’équivalent d’une plaie ouverte.

Ce qu’il se passera la prochaine fois que vous vous couperez avec un couteau en coupant vos légumes, alors oui en effet ce sera douloureux mais vous pourrez tout de suite le soigner et le désinfecter, mettre un pansement et passer à autre chose alors que là vous laissiez la plaie saigner, s’infecter… Maintenant il faut s’en occuper, mettre du désinfectant et ça fait beaucoup plus mal que ce qui est nécessaire pour soigner cette plaise à la base.

En étant en présence avec ses émotions au fur et à mesure que celles-ci se présentent, on se donne l’opportunité de ne pas ressentir des émotions désagréables extrêmement fortes, on se donne l’opportunité de vivre les émotions que l’on a besoin de vivre, juste les laisser nous traverser, juste être un être humain. On se donne l’opportunité d’être à sa propre écoute, ce qui est une chance incroyable et c’est l’un des plus beaux cadeaux que l’on puisse se faire en tant qu’être humain, écouter ce qu’il se passe et répondre à nos propres besoins, être en accord avec soi, se donner cet amour là.

A mes yeux, c’est la plus belle preuve d’amour que l’on peut se donner à soi-même que s’accorder cette présence envers soi.

Si vous ne savez pas comment accueillir vos émotions, j’ai fait un épisode sur le sujet il y a plusieurs mois maintenant, je vous laisserais l’écouter en cliquant ici.

Si vous voulez apprendre à le faire de manière plus concrète que juste “en écoutant passivement un podcast” et que vous voulez vraiment mettre des outils en place, eh bien ce sera le thème du mois de juin dans La Communauté “Accueillir et comprendre d’où viennent nos émotions”, si c’est quelque chose qui vous intéresse, n’hésitez pas à vous inscrire et à profiter du travail que l’on va faire ensemble au mois de juin où vous aurez des outils concrets qui seront vraiment à votre disposition.

Voilà pour cet épisode, je m’arrête là, je vous souhaite un excellent week-end, et je vous dis à vendredi prochain !



Photographie: B.Rep photography (Barbara Repnine)

2 commentaires

  1. Mélanie

    Bonjour,

    A la suite de l’écoute de cet épisode, j’ai repensé à l’image de l’enfant qui pleure et de la personne en face qui s’en inquiète tout de suite. Je me disais que l’idée d’accueillir nos propres émotions peut s’étendre à accueillir les émotions des autres, les accepter. Accepter qu’une autre personne puisse être triste ou en colère. J’aimerais bien avoir une réflexion à ce sujet, peut être sur de prochains épisodes.
    Merci pour tout ce travail que tu fais. J’admire cette capacité à structurer ses idées, à trouver un fil conducteur qui fait que chaque épisode prépare l’auditeur à entendre et comprendre les suivants.

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