#150 – L’erreur fondamentale d’attribution [biais cognitifs ép.6]

Retranscription écrite du podcast :

Bonjour à tous et bienvenue dans Se Sentir Bien, le podcast qui est là pour vous aider à devenir votre propre coach, je suis Esther Taillifet, coach certifiée et dans ce 150ème épisode nous allons parler de l’erreur fondamentale d’attribution

Nous sommes repartis dans notre série de podcasts sur les biais cognitifs, vous le savez peut-être mais depuis l’épisode 110 j’ai commencé une série de podcast sur le sujet, j’avais suspendue cette série dû au coronavirus où j’avais des sujets plus d’actualité que j’avais envie de traiter à ce moment là, je suis très heureuse de reprendre cette série. On peut reprendre le cours normal des podcasts malgré le fait que la pandémie ne soit pas finie.

Le biais cognitif de l’erreur fondamentale d’attribution est très courant, comme tous ceux que l’on a pu aborder dans ce podcast. Si c’est la première fois que vous tombez sur cette série de podcasts, sachez qu’ils sont tous indépendants les uns des autres, je vous recommande malgré tout d’écouter l’épisode 110, c’est à dire le premier de la série, parce que dans ce premier épisode je vous explique ce qu’est un biais cognitif, pourquoi il est vrai de vouloir s’en affranchir et quel va être l’intérêt de toute cette série. 

Un biais cognitif, pour rappel, c’est une erreur que fait notre cerveau, il ne voit pas la réalité telle qu’elle est, et la raison à ça, c’est souvent pour le protéger, pour aller plus vite dans les raisonnements, pour être plus fonctionnel et plus adapté. Ce qui peut nous amener à faire des erreurs de raisonnement qui nous font nous tromper dans nos jugements, et ça peut avoir un impact désagréable dans notre vie si on est dans une démarche de développement personnel, on a envie de pouvoir prendre des décisions qui sont éclairées, on a envie d’être fidèle à soi-même, et ça nous intéresse de comprendre la psychologie humaine et de comprendre d’où proviennent nos jugements. L’objectif n’est pas de vouloir s’affranchir à tout prix de ces biais puisqu’ils sont humains par construction, ils sont liés au fonctionnement de notre cognition : nos pensées, nos émotions et nos actions. La cognition c’est l’ensemble du fonctionnement de notre cerveau, tout ce qui touche à nos émotions, à notre perception du monde… Ce n’est pas quelque chose que l’on va pouvoir fondamentalement changer. En revanche, avoir conscience de nos biais va nous aider à prendre du recul sur les situations, et à moins se laisser influencer par eux. Même si on va malgré tout décider en fonction de nos biais et ça fait partie de notre humanité et ce n’est pas grave mais il va être intéressant de s’en rendre compte. 

Aujourd’hui, dans l’erreur fondamentale d’attribution, c’est un biais cognitif que j’aime beaucoup expliquer et mentionner parce que c’est une erreur qu’on fait tous constamment, c’est un biais qui consiste à dire qu’on attribue un choix, un comportement de quelqu’un à des caractéristiques internes à la personne qu’à des circonstances externes. Par exemple, un chauffard en voiture qui grille un feu rouge et le premier jugement que vous allez avoir c’est : “mon dieu, cette personne est complètement inconsciente, c’est un fou du volant”. On voit que le premier jugement que l’on a, ce qui va être naturel pour nous, ça va être d’attribuer cette action qui est : “griller un feu rouge” à une caractéristique interne à la personne, c’est à dire à sa personnalité, à un trait de caractère, éventuellement ses valeurs s’il s’agit de choix (par exemple “c’est quelqu’un qui n’a pas de respect et qui ne se préoccupe pas de la loi”), on néglige des circonstances extérieures qui sont pourtant faciles à voir. Dans cet exemple, peut-être qu’on ne le sait pas mais peut-être qu’elle a dans sa voiture une femme enceinte et il est en train de rouler le plus vite possible pour aller à la maternité, ça ne signifie pas que c’est ok de griller un feu rouge et que ce n’est pas dangereux mais ça explique un comportement par une circonstance qui est extérieure, ça va être quelque chose d’extérieur qui va influencer ce choix de griller un feu rouge, et pas juste que fondamentalement, cette personne est une mauvaise personne. Ce qui est intéressant de voir c’est que cette erreur fondamentale d’attribution, c’est à dire le fait d’attribuer des caractéristiques internes, un comportement jugé comme mauvais à quelqu’un d’autre, c’est quelque chose que l’on fait pour autrui mais que l’on ne s’applique pas à soi-même, à l’inverse, si nous-même nous avions un comportement de cette nature, si nous grillons un feu rouge, on ne se dirait pas : “c’est parce que je suis fou/inconscient/que je m’en fiche de la loi”, on dirait que c’est parce que je suis en retard, parce que ma mère me parlait dans la voiture ce qui fait que j’était distrait et que je n’ai pas vu le feu rouge, ou le GPS m’a induit en erreur… On va très facilement se trouver des excuses qui proviennent de l’extérieur plutôt que de s’attribuer cette erreur comme quelque chose d’intrinsèque à qui l’on est. 

De la même manière, à l’inverse quand quelqu’un réussit quelque chose, au lieu d’attribuer cela à sa valeur interne “c’est parce qu’il a du mérite, parce qu’il a travaillé, parce que c’est une belle personne”, on va assez facilement voir les raisons extérieures : “il a été pistonné/il était là au bon endroit au bon moment”, à l’inverse, lorsqu’il s’agit de nous, quand nous réussissons quelque chose, on va avoir tendance à se dire : “c’est parce que j’ai beaucoup travaillé”, alors que là aussi il y a des circonstances évidentes pour expliquer les raisons pour lesquelles on a réussi. Je pense notamment à Léa Seydoux, il y avait eu une phrase qui avait été reprise d’elle dans la presse où elle expliquait dans une interview qu’elle avait réussi dans le cinéma parce qu’elle était passionnée et parce qu’elle avait beaucoup travaillé et les chroniqueurs avaient pointés du doigts qu’elle avait quand même grandi dans une famille qui était imprégnée par le cinéma, elle a des grands-parents qui ont fondés, d’un côté Gaumont et d’un autre côté Pathé, on est dans une famille qui baigne dans le cinéma. Elle était tout à fait sincère dans ses propos, c’est tout à fait normal, elle attribué beaucoup plus facilement sa réussite à des caractéristiques internes, et ça ne veut pas dire qu’elle n’a pas travaillé, elle n’était pas en mesure de voir les circonstances extérieures. Et à l’inverse, le journaliste n’était pas en mesure de voir que cette personne a aussi beaucoup travaillé, et va avoir ce biais de se dire que sa réussite ne tient qu’à sa famille prestigieuse.

L’erreur fondamentale d’attribution c’est vraiment intéressant à voir, quand une personne ne fait pas bien quelque chose et que c’est dû à sa personnalité. Quand on parle de ce biais cognitif, on attribue à sa personnalité des choix et des actions qui sont facilement explicables par les circonstances mais nous ne sommes pas en mesure de le voir. Je pense à tout ce qui est politique, on ne voit pas forcément toutes les circonstances qui sont autour. J’ai des personnes de mon entourage qui travaillent dans l’enseignement, soit à l’université, au lycée ou au collège, de part mon parcours universitaires. Ce sont des amis que j’ai rencontré en étude et il y a beaucoup de personnes qui sont encore dans l’académique, au moment du confinement, on parlait de nos métiers respectifs, ça a été compliqué pour beaucoup de mes amis profs de continuer à enseigner, il a fallu développer des outils, faire des choses en ligne… j’ai pu remarquer cette erreur fondamentale d’attribution auprès de mes amis profs, qui sont malgré tout très au courant des biais cognitifs, c’est là que c’est intéressant de voir que cela touche tout le monde, c’est un biais normal, “nan mais tu comprends, donner un cours à des adolescent à distance, c’est compliqué parce qu’à cet âge là ils sont feignants, ils ne sont pas concentrés, c’est difficile de les captiver…”. C’est très facile d’attribuer à ces élèves qui avaient du mal à suivre en cours, le fait qu’ils étaient feignants, alors qu’on nommait quelque chose d’évident en période de pandémie, qui sont les circonstances des élèves qui sont très différentes. On attribuait aux bons élèves qui venaient en cours à distance, qu’ils étaient très intelligents, par contre les mauvais élèves qui ne réussissaient pas, on expliquait cela par la fainéantise supposée à cet âge là… Alors qu’en fait, on oublie que nous sommes actuellement en période de pandémie, lorsque l’on est confinés chez soi, les élèves n’ont pas du tout les mêmes circonstances, certains ont accès à un bureau au calme avec un écran, un clavier, et la possibilité d’avoir un casque et d’écouter le cours, alors que peut-être que d’autres doivent le faire dans leur chambre, sur leur téléphone, avec leur petit frère qui partage la chambre avec eux à ce moment là. Ce qui ne représente pas tout à fait les mêmes conditions de travail, nous avons naturellement tendance à omettre ces circonstances là, c’est très intéressant de s’en rendre compte et de voir que cela a des conséquences à l’échelle sociale sur notre vision du monde, cela va au-delà du jugement que l’on porte individuellement sur les gens qui nous entourent.

C’est intéressant de se rendre compte que cela a un impact sur notre jugement direct, mais ça crée aussi des choses dans notre culture, je pense notamment à la culture du viol, c’est cette erreur fondamentale d’attribution que l’on fait : “si cette jeune fille s’est fait violer en soirée avec des amis, c’est parce qu’elle buvait, c’est parce qu’elle avait un mauvais comportement, qui portait des vêtements trop courts, qui était un peu aguicheuse dans son attitude, qui n’était pas forcément attentive à ce qu’elle boit…”, on attribue culturellement, des actions/des choses qui se produisent à ce qu’est la personne intrinsèquement. C’est une erreur très grave, ça peut créer des raisonnements absurdes, lorsque l’on prend un peu de recul et que l’on parvient à regarder la situation dans son ensemble, on se rend bien compte que la personne coupable d’une agression c’est l’agresseur et non pas l’agressé, mais c’est quelque chose qui n’est pas facile à voir dû à nos biais cognitifs. 

Mon invitation aujourd’hui dans ce podcast, c’est de vous proposer de voir cette erreur fondamentale d’attribution quand vous la commettez, le but n’étant pas de vous blâmer, mais de savoir que votre tendance naturelle, parce que vous êtes un être humain avec une cognition qui fonctionne très bien, avec un cerveau qui est très efficace et qui a tendance à faire des conclusions hâtives, parce que c’est le propre des biais cognitifs, c’est à dire faire des conclusions hâtives, donc faire des erreurs de raisonnement pour aller plus vite et se rendre compte que ça marche socialement parlant.

Votre penchant naturel va consister à faire cette erreur et quand vous allez avoir des situations où vous allez être en train de juger une personne parce que vous cherchez à avoir une opinion au moment où vous vous demandez pour qui vous allez voter, ça va être important de vous demander quelle opinion vous avez sur un parti politique, sur un homme politique en particulier… vous avez un choix à faire et vous essayez d’émettre un jugement, ce sera intéressant de prendre tout ce qu’il y a à prendre en compte au moment où vous émettrez ce jugement, c’est intéressant d’avoir conscience de cette erreur fondamentale d’attribution, les circonstances influencent les comportements des personnes. Bien que vous vous rappelez bien que les circonstances sont neutres et finalement, une personne qui fait face à une circonstance choisit elle-même de faire telle ou telle action, ce n’est pas parce qu’elle a une circonstance atténuante que l’on va juger positivement cette même personne. Je redonne l’exemple du chauffard, ce n’est pas parce que vous tenez compte du fait qu’il y avait une femme enceinte dans la voiture, que vous allez changer votre jugement, peut-être que vous allez peut-être vous dire que c’est inconscient de griller un feu rouge, d’autant plus s’il y a une femme enceinte dans la voiture. C’est peut-être ultimement le même jugement que vous allez porter mais ça va être crucial dans notre choix d’avoir conscience de nos biais et en particulier de ce biais qui est très puissant, et qui est fait constamment. Remarquez-le maintenant que vous avez écouté ce podcast, si vous n’aviez pas conscience de ce biais cognitif auparavant, comment les personnes vont donner des explications face aux comportements des gens : “c’est parce qu’il a été élevé comme ça”. Prenons en compte l’ensemble de ces biais cognitifs, cela nous aide à mieux juger les autres, à mieux se juger soi aussi, et à prendre des décisions qui sont un peu plus éclairées, sachant qu’on reverra l’erreur, ce n’est pas parce que l’on en a conscience que l’on n’aura pas encore recours à ce biais cognitif en particulier, parce que c’est juste notre cerveau qui essaie d’être efficace et qui tente d’aller à une conclusion rapide, histoire de nous permettre d’avancer dans ce monde de la manière la plus efficace possible.

N’hésitez pas à réagir à ce podcast et à me dire si vous aviez conscience de ce biais ? Quels sont les moments où cela se manifeste dans votre vie, je trouve cela hyper intéressant d’avoir votre retour là-dessus, je m’arrête là pour aujourd’hui.

Je vous souhaite une excellente semaine, un excellent week-end et je vous dis à vendredi prochain !

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